Nanos assassines ?

PES était présent à la conférence de presse du 9 novembre dernier à Thann (68), initiés par ACCÈS (1) et la Confédération paysanne de la contrée. Il était temps, un éleveur bovin du village de Oderen (proche de Thann) découvre en 2014 que certaines de ses bêtes étaient souffrantes… Mortellement ! Peu à peu, c’est tout le troupeau qui est atteint, mais de quoi ? Les analyses vétérinaires, tout comme celles des autorités n’ont pas donné de résultats. En 2015, les pouvoirs publics sont alertés et la ferme reçoit de nombreuse fois les services de l’Etat. ACCÈS et syndicalistes tiennent plusieurs réunions avec la DDCSPP (3), entretiennent le contact avec l’ARS (santé régionale), pendant que l’ASPA (4) analyse l’eau, l’air et des poussières. En vain, rien de rien ne sera décelé dans la ferme et ses environs.

Pourtant, vaches, veaux, génisses, périssent l’une après l’autre… Fin 2014, le cheptel de 150 bêtes avait entièrement disparu. Et les frais vétérinaires avaient explosé, passant de 4000 € par an à 15 000.

Si le cas intéresse et préoccupe peu les médias français : uniquement présents, le quotidien L’Alsace et Radio bleu, une journaliste du plus grand et du plus influent hebdomadaire allemand d’investigation Der Spiegel, et Milou (2) accompagnaient l’ONG d’outre Rhin : Pingwin Planet (5). Enfin, un correspondant de Reporterre (6) était également très à l’écoute. Il y a de quoi, alors que la nanotechnologie a envahit le quotidien de toutes et tous (aliments, outillages et matériaux divers, etc.), ses effets sur la santé ne sont pas bien connus, si ce n’est par des écologistes qui « décidément dénoncent tous ce qui est propre au progrès technique ». Car il n’est pas aisé d’analyser les conséquences liées aux nanoparticules (7), d’abord par ce que les industries utilisatrices ne peuvent qu’en dire du bien. Ensuite, un laboratoire indépendant n’aura pas le matériel nécessaire pour dénicher et étudier des nanoparticules dans un corps quelconque (seuls trois microscopes à électrons équipent toute l’Allemagne) et que cela coûte fort cher. D’où la longue période pour cerner en profondeur le cas de Roderen.

Un site industriel chimique de Thann (PPC & Cristal) situé à quatre Km à vol d’oiseau, pourrait, peut-être, être le responsable de l’hécatombe. Cristal aurait produit du matériel nanométrique de dioxyde de titane entre 2005 & 2013, notamment pour la fabrication de peintures autonettoyantes.

 

En 2016, des analyses approfondies seront opérées dans la ferme et ses environs : dans un filtre collecteur à particules, a été découvert un grand nombre de nanoparticules de dioxyde de titane et quelques particules de tungstène. Les analyses ont encore permis de trouver un peu de cérium (métal servant de revêtement intérieur des cheminées de l’usine).

Le service sanitaire des bovins d’une université Bernoise (Suisse), a examiné le troupeau entier de façon plus intensive… De plus, deux vaches laitières malades ont été euthanasiées, leurs organes ont été analysés par le service pathologique de l’université. Ces analyses patho-histologiques ont démontré des modifications dans la trachée et les poumons, dû à des particules de baryum.

Vu qu’aucun élément dans la gestion de la ferme n’a été trouvé qui aurait pu causer ces dégâts, la cause provient forcément de l’extérieur et alors que virus, bactéries, microbes ne peuvent être la cause de la perte de 150 bêtes, puisque les résultats cliniques sont restés négatifs. Par contre, les analyses du fourrage ont également décelé du baryum. Quant au tungstène, il n’a été mis en lumière qu’au début 2017.

La quantité des diverses nanoparticules varie selon les périodes (rejets, météo). De fortes quantités des divers métaux à la taille nanométrique ont donc été trouvées, dans l’ensilage d’herbe, sur la surface du sol, et même jusqu’à un mètre de profondeur (carottages), dans les poumons des bêtes euthanasiées, etc. La preuve est faite que l’infection a bien une provenance atmosphérique, étalée sur plusieurs années.

Par contre, il est impossible d’incriminer l’industriel : les chercheurs n’ont, jusqu’à aujourd’hui, aucune preuve irréfutable qui puisse engager sa responsabilité. Il n’empêche, la dizaine de militants-es de Pingwin Planet est reparti de la conférence, direction la Suisse, au siège social de l’entreprise (celle-ci est d’ailleurs en vente), afin de tenter un échange avec sa direction, que celle-ci avait auparavant décliné.

 

L’intérêt ici de développer ce cas, est qu’il pourrait bien être le premier scandale industriel lié aux nanoparticules. Si, les effets néfastes de ces rejets sont disséminés un peu partout en toute « clandestinité », la raison provient de la grande délicatesse de mette à jour ce type de pollution. N’acquière pas un microscope à électron qui veut ou qui peut. Pourtant, tous et toutes, doivent s’interroger d’un danger, qui pourtant date : voilà des années que des écolos et chercheurs s’inquiètent des conséquences des industries produisant/utilisant/déversant des nanoparticules en importante quantité.

 

Pollution industrielle à Fos (13)

Une étude réalisée auprès d’une partie des habitants de Fos-sur-Mer et de Port-Saint-Louis-du-Rhône en 2016, montre que la pollution industrielle fait exploser le nombre de maladies dont les cancers, le diabète ou encore l’asthme.

Menée par une équipe universitaire interdisciplinaire, elle s’est attachée à recenser les pathologies dont souffrent les habitants de deux villes entremêlées avec les usines. Pour vérifier la présence ou non d’un problème sanitaire, les chercheuses ont décidé de confronter les taux relevés sur place à la moyenne nationale.

Sur les personnes consultées, 11,8 % ; ont eu un, ou plusieurs, cancers, contre une moyenne française de 6 %. Les cancers chez les habitants interrogés y sont quatre fois plus élevés que la moyenne nationale, un habitant sur cinq en souffre ou en a souffert.

Les femmes, touchées trois plus qu’ailleurs. 14,5 % des femmes interrogées ont été ou sont concernées par la maladie contre une moyenne nationale de 5,3 %. Les cancers du sein et de l’utérus, en particulier du corps de l’utérus (l’endomètre), sont les plus communs. La piste environnementale résidentielle et une plus grande vulnérabilité des femmes à certains polluants perturbant le fonctionnement hormonal ou affectant des organes qui le régulent reste l’explication la plus probable.

Parmi les causes évoquées se trouvent la consommation des poissons et coquillages potentiellement pollués aux PCB (polychlorobiphényles), des plastiques cancérigènes, la pollution atmosphérique, mais aussi, comme ce fut le cas pour l’amiante, le « nettoyage à la maison des bleus de travail encore imprégnés des « poussières » et polluants des expositions professionnelles des hommes du foyer.

Explosion de diabète : les habitants interrogés en souffrent plus que leurs compatriotes : 12,9 % déclarent être concernés contre 5,2 % au niveau national.

La piste des perturbateurs endocriniens a été envisagée, en toute logique, tout comme elle est à présent envisagée par les spécialistes dans chaque congrès d’endocrinologie. Sont également soulignées les préoccupations de médecins de Port-Saint-Louis sur le nombre d’enfants atteints de diabète. Le rapport relève également 15,8 % d’asthme chez les adultes contre 10 % en France. Particularité, la moitié des répondants l’ont déclaré à l’âge adulte. Or, les études les plus récentes suggèrent aussi un rôle des polluants atmosphériques dans le déclenchement de l’asthme lui-même. Dans deux quartiers de Fos, 20 % des interrogés souffrent d’asthme (8).

 

De cette affaire, France Culture, dans sont journal du 16/11, évoque l’absorption de microns particules (1/1000° de mm) de poussières industrielles. Une cellule de la taille d’un micron peut pénétrer un corps par ses pores, peut être moins aisément qu’un nano, mais quand même ; cette déviance sanitaire (vu que l’Etat préfère regarder ailleurs) renvoie bien au scandale de l’amiante, toujours pas enterré : le principal industriel (Eternit) n’a jamais été poursuivis par la justice française. On peut affirmer que Big pharma (Voir le PES précédent) a encore de beaux jours à venir…

 

Ce n’est qu’un début…

Aujourd’hui, Pascal Wolfersperger a perdu son cheptel, il survit en produisant du fourrage qu’il revend, alors que les crédits pour la modernisation de sa ferme (salle de traite aux normes, nouveau bâtiments, etc.) ne sont pas à terme.

Pour lui, le combat continue ! Et pour les populations concernées, il s’annonce… Toutes les recherches pour prouver que le bétail est bien victime d’une pollution nano technologique, provenant d’un industriel proche n’a pas encore aboutis, patience, patience… Affaire à suivre…

 

(1) Actions citoyennes pour une consommation écologique et solidaire.

(2) Milou – Research & communication, média alternatif d’investigation.

(3)Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations.

(4) Association pour la surveillance et l’étude de la pollution atmosphérique en Alsace.

(5)http://pingwinplanet.fr/index.php/accueil.html

(6)https://reporterre.net/

(7) Les nanotechnologies reposent sur la connaissance et la maîtrise de l’infiniment petit. Elles regroupent l’ensemble des techniques qui permettent de fabriquer, de manipuler et de caractériser la matière à l’échelle nanométrique.  L’unité de référence du nanomonde est le nanomètre (nm). Le préfixe nano vient du grec nanos qui signifie nain. Un nanomètre équivaut à un milliardième de mètre (1 nm = 10-9 m = 0,000000001 m) soit approximativement 1/50 000 de l’épaisseur d’un cheveu humain (figure 1 de la ED 6050).

(8)http://lachainedevv.com/pollution-industrielle-a-fos-deux-fois-plus-de-cancers-de-diabete-et-dasthme/

 

JC, le 19/11/17.

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