Projet industriel de recyclage à Malmerspach (68)

Projet industriel de recyclage à Malmerspach (68)

Non, Cyclamen n’est pas une bande de joyeux fleuristes passionnés pour la plante du même nom, et décidée de produire cette fleur d’origine persane dans la vallée de la Thur, mais bien un recycleur de déchets de métaux non ferreux, engendrant des nuisances toxiques inhérentes à la production.

En 2019, le recyclage de tout matériau produit pour une utilisation spécifique pour être ensuite jeté en est encore à son balbutiement. Cela fait des décennies que la société de consommation, de l’obsolescence programmée, et d’objets à usage limité, sont déversés aux quatre coins de la planète.

Enfin (il n’est jamais trop tard), des dirigeants et des possédants commencent à s’en rendre compte et entame le recyclage de tel ou tel composant. Mais cette opération ne s’effectue qu’aux conditions de plus values. Que la Terre s’apparente peu à peu à une décharge importe peu les investisseurs, du moment que rentabilité & profit sont au rendez-vous, tout est possible…

 

A gauche : le bâtiment de production, au centre : la cour où circuleront camions & engins, à droite : les première habitations

Ce 18 mars s’est tenu la Journée mondiale du recyclage ; lancée en 2018, à l’initiative du bureau international du recyclage (BIR), elle est relayée en France par la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage (Federec). Bien entendu, les industriels innovant en matière de recyclage & récupération sont pas des novices de l’industrie : Nestlé, Danone, Engie, Carrefour, Total, etc. Ces mastodontes du profits conditionnent leur virage environnementaliste aux bénéfices de l’actionnariat.

Mais telle, n’est t-elle pas la règle du jeu du capitalisme !?

Hi Tech, l’usine prototype…

C’est ainsi qu’est créé la société Cyclamen. Pas d’antécédent pour cette PME, juste un bureau d’étude installé à Clapiers dans l’Hérault (34). La direction, constituée de trois dirigeants (ingénieurs de formation) sur 9 salariés, prévoit d’ouvrir un centre de traitement de mâchefers non ferreux, notamment le cuivre et l’aluminium, provenant d’usines d’incinération. Le lieux choisi, la zone industrielle Kleinau à Malmerspach.

Jadis, les frères Schlumpf furent les patrons de l’usine textile installé sur ce lieu. Puis, après l’enterrement de cette industrie dans toutes les vallées vosgiennes et notamment à Malmerspach, le site logeait des PME, qui s’éteignirent elles aussi.

Aujourd’hui, l’idéal est de re-dynamiser l’activité de production dans la vallée, afin qu’elle soit pourvoyeuse en terme d’emploi et de retombée fiscale, prévient François Tacquard, président de la Communauté des Communes de la Vallée de St Amarin.

Cyclamen embaucherait 14 personnes, pas forcément résidants dans la vallée ou plus directement de Malmerspach. Mais quel cadeau est donc fait à l’industriel pour venir se perdre par ici ?

Le président Tacquard est remonté contre notre association ; Thur Ecologie & Transports (TET), qui s’inquiète à juste titre, et à l’instar des riverains du site industriel, des divers risques de nuisance.

La Comcom, propriétaire des bâtiments concernés, affirme rester très attentive au projet ainsi qu’aux suites qui seront données par les services de la DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement) et de la Préfecture. En l’état, selon Mr Tacquard : « Aucun élément porté à notre connaissance ne nous permet de craindre un risque en matière de pollution et donc à rompre les discussions avec ce porteur de projet. » Par exemple : « cette activité ne présente pas de rejets d’eau liés à son process ou d’émissions gazeuses. »

Nous ne savions pas à TET, incultes que nous sommes, que le président Tacquard avait des compétences en industrie Hi-tech.

En effet, le recyclage de mâchefers non ferreux, est une innovation, le nombre d’industriel développant cette technique se compte dans le monde sur les doigts d’une main.

Dans le cadre de la dite Finance verte et de la transition écologique, la récupération, le recyclage, la transformation, sont des facteurs clés, les industriels qui l’ont compris vont pouvoir se (re)faire une santé mercantile. Ce que se refuse de comprendre – semble t-il – des élus, comme François Tacquard et Eddie Stutz, maire de Malperspach, dont le mépris qu’ils portent envers les habitant-es inquiet-es et les associations ad-hoc (TET & Alsace Nature), est à la mesure de leur déontologie d’élu.

Ce n’est pourtant pas parce qu’une industrie est hi-tech, et qu’elle œuvre dans le cadre de la finance verte, qu’elle ne soit pas potentiellement productrice de nuisances diverses et variées. Surtout si ce site de production sera – pour le second semestre de cette année – une usine prototype, novatrice à la pointe de la technologie, encore inédite en France, et rapatriant ainsi une partie du recyclage réalisé manuellement en Asie.

D’or et déjà, la première nuisance sera le bruit ! Les riverains les plus proches, habitent à une trentaine de mètres d’où les poids lourds viendront déverser leurs cargaisons de mâchefers ; de 10 000 à 15 000 tonnes par an. De plus, absolument rien ne permet d’affirmer qu’il n’y aura jamais de déchets, ou d’émanations toxiques, échappés de la cheminée, ou versés dans le sol, puis dans la Thur. La séparation d’alliage produit des résidus chimiques toxiques, le déplacement de tonnes de matière produit du bruit, entreposées en partie dans un bâtiment dans la façade n’est qu’un simple bardage non isolés. De plus, ces nuisances seront permanentes puisque la production sera exécutée 24h/24, dimanche et fériés compris ! L’inquiétude des riverains est à son comble : nous reproduisons ici de larges extrait de la Lettre ouverte aux habitants de la vallée de St Amarin, éditée par un collectif d’habitant-es de Malmerspach.

A la source de l’opposition

« Le 22 janvier 2019, seuls quelques riverains ont été conviés à une réunion d’information concernant les travaux prévus pour l’évolution du site, occasion également pour le PDG de la société CYCLAMEN de présenter son activité. L’entreprise projette d’installer une usine prototype, (…) La présentation forcement très théorique a suscité bon nombre de questions, inquiétudes et a rapidement pris forme de débat. Débat écourté par le maire de MALMERSPACH qui, en faisant preuve d’un dédain non dissimulé pour ses habitants inquiets, a indiqué qu’il s’agissait d’une réunion d’information et non d’une concertation. Nous avons également appris que ce projet, était en cours de tractation depuis près de deux ans, projet SOUS SILENCE qui s’est déroulé dans la plus stricte confidentialité empêchant quiconque de s’y opposer. Monsieur le Maire sous couvert de la présidence de la communauté de communes a mis tout le monde devant le fait accompli, de nombreux acteurs ont été mis à l’écart, la majorité des habitants mais également le conseil municipal de MALMERSPACH. »

« C’est un déchet industriel spécial ou d’incinération chargé de cendres contenant de l’aluminium et des métaux lourd reconnus comme toxiques pouvant être source de pollutions notamment au contact de l’eau. Nous craignons les cendres, les poussières volatiles, les éventuels rejets et microparticules, le risque de pollution atmosphérique lié à cette activité. Egalement, les dizaines de mètres cubes de stockage prévus en extérieur en proie aux intempéries, propice à une forte pollution des sols. Qu’en sera il du traitement des effluents liquides ? Aucune mesure particulière n’a pu nous être présentée par la Comcom, ni par le maire, ni par l’industriel qui affirment sans preuve ni aucun antécédent vérifiable, qu’il n’y aura rien à craindre. Nous nous sentons « cobayes » face à une activité inédite, (…) ce qui alimente nos doutes sachant que d’autres usines promettant elles aussi zéro pollution se retrouvent régulièrement au coeur de scandales sanitaires. »

« Le plus aberrant c’est que la communauté de communes profitant de travaux de mise aux normes, permette la transformation du site pour que toute l’activité logistique de la société se fasse à l’arrière des bâtiments, en bordure de la zone industrielle proprement dite, aux abords direct des habitations de la rue des Vosges. Des familles habitent à quelques mètres de cette zone en plein air, anciennement arborée, jusqu’alors dénuée d’activité où sont prévues le déchargement des camions remplis de déchets industriels dans des bennes métalliques, la circulation des engins de chantier en manoeuvres pour alimenter la ligne de triage impliquant les bips de recul incessants. D’importantes nuisances à proximité immédiate des terrasses et jardins familiaux où jouent les enfants. C’est une rue totalement sacrifiée, tout un quartier déprécié, un village inquiet, nous ne comprenons pas comment une société de ce type peut s’implanter si près des habitations surtout avec une activité logistique en extérieur, de nombreux foyers allant être impactés en dépit de toute considération. »

« Nous ne sommes pas opposés à une ré-industrialisation mais celle-ci doit être réfléchie, cohérente, adaptée au bâtiment et à son environnement et non au mépris total de la santé et de la quiétude des habitants. Les nouveaux arrivants également heureux d’investir dans un village paisible se sentent trompés, lésés par ce projet caché malgré leur demandes de renseignements avant achat. De nombreux riverains veulent quitter la zone et vendre leurs maisons qui seront du fait complètement dévaluées, voire invendables? Comment envisager un avenir serein pour le village et son école déjà en péril si les familles sont négligées au point de devoir fuir ? » (…)

Des élus omnipotents

Lors de la cérémonie des voeux du Maire 2019, Mr STUTZ a présenté le village comme le plus beau de la vallée (sic). De nombreuses requêtes restent en suspens c’est pourquoi, le collectif des habitant-es comptent sur l’implication de leur concitoyen-nes de la vallée dans l’enquête publique à venir. Ajoutons que ce collectif a réclamé une information publique pour l’ensemble de la Comcom, demande jugée inutile et toujours sans réponse officielle.

Le président Tacquard prétend œuvrer pour l’environnement : « La Communauté de Communes æuvre pour faire diminuer fortement le nombre de poids lourds en transit sur notre territoire et qui ne participent pas à l’économie locale. ll s’agit par exemple des liaisons entre la Suisse et le Benelux. Mais en aucun cas ne sont concernés les véhicules de nos entreprises ou transporteurs locaux ».

Or avec la re-territorialité Grand-Est d’une part et l’accroissement des automobiles d’autre part – d’autant que la fréquentation du train est en baisse selon les vœux dissimulés de la SNCF – la RN 66 est à nouveau bien engorgée. La volonté annoncée de l’intercommunalité d’améliorer la circulation en réduisant le nombre de poids lourds ne tient plus : avec Cyclamen, se sera au bas mot, une dizaine supplémentaire de 40 tonnes qui fera la navette depuis la région mulhousienne et le port rhénan.

Justement, ne serait-il pas plus judicieux que ce type d’industrie s’installe à proximité de ce port, proche donc du transport fluvial, du transport ferré, et autoroutier !? Et de permettre l’installation d’entreprise bien moins polluantes. Certes, le coût global serait plus conséquent, mais sans réelle et tangible ambition pour une transition écologique perspicace, ce type de projet boite sur une jambe ; on recycle… c’est bien, au risque pour la santé des populations, la contradiction là, est contre productive sur le plan écologique !

Décidément, nos élus n’ont ni l’ambition écolo, ni l’espoir pour un environnement sain pour leur administrés. L’engagement et la pression des habitant-es, accompagnés par TET et par Alsace Nature, continueront la lutte pour cette occurrence.

Cyclamen le dit avec des fleurs…

Un article a paru dans le quotidien L’Alsace du 30 mars en page locale. Celui-ci est non signé. Il s’agit en fait un communiqué de presse (non précisé) demandé par Cyclamen, où n’y figure que la position du responsable – anonyme – de la société.

Question transparence, merci L’Alsace !

A l’initiative du Maire Stutz, une réunion s’est tenue à la mairie de sa commune ce 26 mars. Motif, dépassionner le débat – il y a donc maintenant bien un débat !? – où furent invité deux habitants de Malmerspach, ainsi que les représentants d’Alsace Nature & de TET. Le représentant de l’entreprise a développé ses arguments sur la non toxicité dû à la production, sur le bilan carbone faible conséquent et sur la question du recyclage en terme global pour l’environnement. Cela de manière probante, puisque les expérimentations dans d’autres usines seraient plus que satisfaisantes (?)

Le déclarations sur les nuisances sonores dont s’inquiètent les riverains sont absentes de l’article.

Affaire à suivre…

Jano Celle, le 30 mars 19.

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