Débats au sein du mouvement écologiste

Compromis ou radicalité

Après l’euphorie du coq gaulois écologiste lors du dernier scrutin aux Elections Européennes, suite à l’amère constat des mensonges d’une part du gouvernement notamment pour la défense du climat, de la répression et d’un autoritarisme décuplée d’autre part, des militants débattent de la stratégie à adopter avec ce pouvoir politique.

Mais avant tout, quelle relation avec la gauche française ?

Enfin, un petit texte suisse pour une république du peuple.

Ci-dessous, les trois articles de presse parus dans des médias indépendants à découvrir – si ce n’est déjà fait.

Commençons avec celui paru sur Médiapart :

https://www.mediapart.fr/journal/france/010819/debat-dominique-bourg-alain-coulombel-pourquoi-l-ecologie-n-en-pas-fini-avec-la-gauche?page_article=1

 

Débat Dominique Bourg – Alain Coulombel :

pourquoi l’écologie n’en a pas fini avec la gauche

1 août 2019 Par Fabien Escalona

 

Forts de récents succès électoraux, mais encore loin de l’hégémonie politique, comment les écologistes doivent-ils penser leur rapport à la gauche traditionnelle ? Échange entre Dominique Bourg, philosophe, tête de liste d’« Urgence écologie » aux élections européennes, et Alain Coulombel, secrétaire national adjoint d’Europe Écologie-Les Vert.

En France, les dirigeants d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) sont clairs : ils ne souhaitent pas se mettre au service d’une union de la gauche (lire notre reportage). Confortés par leur score aux élections européennes, loin devant les insoumis et les socialistes, ils n’ont pas gardé que des bons souvenirs de leur participation à des exécutifs socialistes. En même temps, c’est dans cet espace politique que se situe majoritairement leur base électorale, et les perspectives de coopération les plus évidentes (lire notre entretien avec Simon Persico).

À l’heure où se multiplient les signes toujours plus alarmants du dérèglement climatique et de la crise de la biodiversité, comment les écologistes doivent-ils donc penser leur rapport à la gauche ? Sont-ils en mesure de lui imposer un « paradigme » qu’eux seuls porteraient avec authenticité ? Leur stratégie d’alliance doit-elle être plus autonome, à géométrie variable ? Mediapart a proposé à Alain Coulombel, secrétaire national adjoint d’EELV et auteur de Nouveaux Défis pour l’écologie politique (Utopia, 2019), d’en discuter avec Dominique Bourg, philosophe, tête de liste d’« Urgence écologie » aux dernières élections européennes, et auteur de nombreux ouvrages.

Historiquement, la gauche issue du mouvement ouvrier s’est construite dans un rapport critique au capitalisme. Puisque la logique de ce système conduit à un accroissement permanent de marchandises, pensez-vous que l’écologie politique doit être anticapitaliste ?

Dominique Bourg : Le capitalisme présuppose un monde ouvert, aux ressources et aux capacités de charge infinies, si bien qu’il entre en contradiction avec l’écologisation de la société. En effet, il n’y a pas d’écologisation de la société sans diminution, puis stabilisation, des flux d’énergie et de matières entrants, conformément au double référentiel des limites planétaires et de l’empreinte écologique. Pour stabiliser ces flux, il a par exemple été pensé à des quotas de ressources diverses, ou une monnaie assise physiquement sur le carbone émissible (ou tout autre référentiel fini).

Je ne vois donc guère comment cela pourrait à terme être compatible avec une croissance ouverte, indéfinie du capital. Mais c’est une conséquence et non un objectif en soi. D’autant que la seule critique du capitalisme est un peu courte. Une certaine gauche, d’inspiration marxiste, visait aussi l’infini de la production de richesses, afin de neutraliser la rareté et ses conséquences en termes de division du travail social.

Alain Coulombel : Bien entendu, la logique d’accumulation infinie du capital est totalement contraire à la société écologique que nous souhaitons promouvoir et à la prise de conscience des limites sur lesquelles bute notre mode de production. Être anticapitaliste aujourd’hui, c’est s’attaquer à un modèle de développement mortifère qui repose sur l’exploitation du vivant humain et non humain, sur la domination du court-termisme et de l’urgence, sur l’extension sans limites de la sphère marchande, sur l’apologie du changement et de la vitesse de réaction, la « gouvernementalité » par les chiffres et les indicateurs de performance, ou la mise en pilotage automatique des affaires humaines au travers de l’intelligence artificielle et le numérique…

Beaucoup d’écologistes aujourd’hui préfèrent se revendiquer de la critique du productivisme et du consumérisme plutôt que de la critique du capitalisme, arguant que les régimes communistes ou socialistes portent également une part de responsabilité dans la crise écologique contemporaine. Ce n’est pas faux. Pour autant, l’analyse du capitalisme, en termes de rapports sociaux de production, de lutte des classes (et la violence de classe existe toujours !), en termes aussi de fétichisme de la marchandise, constitue à mes yeux une grille explicative utile à notre compréhension du moment présent. Nous y ajoutons, en tant qu’écologistes, la conscience de la fragilité des écosystèmes, le respect de l’animal, du vivant, la sauvegarde de la biodiversité, la préservation de la nature et une réflexion de fond sur la société de consommation et du spectacle.

L’idée de poser des limites au développement économique et technologique peut se traduire par des positions conservatrices, dont plusieurs revues intellectuelles ancrées très à droite sont aujourd’hui les vecteurs. Dans son dernier livre chroniqué par Mediapart, Serge Audier appelle donc à ne pas se satisfaire du paradigme écologiste, mais à l’articuler aux idéologies de la modernité qui l’ont précédé (libéralisme, socialisme, républicanisme). Êtes-vous d’accord avec une telle approche ? 

Dominique Bourg : Le travail de Serge Audier est à mes yeux fondamental. Sur ce plan toutefois je ne pose pas exactement le problème dans les mêmes termes. Partons de la division droite/gauche, essentielle au jeu démocratique de l’alternance. Traditionnellement, elle renvoie à deux oppositions. La première concerne les conditions optimales, si ce n’est maximales, de production de la richesse. La gauche opposait la rationalisation de la production à la libération droitière de l’initiative privée et individuelle. La seconde opposition concernait les critères les plus justes de distribution de la richesse produite. Selon la gauche, il convenait d’adopter le critère de l’égalité, alors que la droite lui opposait l’équité et la proportionnalité.

Or, dans la situation dramatique où nous nous trouvons, ces deux oppositions deviennent caduques. Notre problème n’est plus du tout de maximiser la production de richesses matérielles, mais au contraire de la diminuer très fortement – tout du moins dans les anciens pays industriels, et plus largement pour la part des populations mondiales qui connaissent un standard occidental. Pour les autres, le problème est d’accéder à la satisfaction des besoins sociaux sans pour autant dériver vers un mode de vie occidental, lequel reste toutefois un modèle quasi universel.

La seconde opposition n’est plus guère d’actualité non plus, en ce sens qu’il ne saurait y avoir d’écologisation de la société sans une réduction forte des inégalités sociales, lesquelles sont ipso facto des inégalités en termes d’accès aux ressources naturelles. Des écarts de revenus importants ont en premier lieu pour conséquence de tirer le niveau de consommation général vers les niveaux les plus élevés, par effet d’imitation. Des écarts de revenus importants permettent par ailleurs de soustraire les revenus élevés à toutes les restrictions et rendent inacceptable le recours aux incitations ou dissuasions pécuniaires pour le grand nombre.

Alain Coulombel : Personnellement, je suis toujours un peu réservé avec l’emploi du terme de « paradigme écologiste ». Que recouvre-t-il exactement ? Une nouvelle grille de lecture et une nouvelle manière de penser le monde, voire une conception nouvelle de l’être et du sens ? J’y verrais comme le nom d’une nouvelle attitude où tout ce qui faisait sens, hier, est bouleversé : notre rapport à la nature, au vivant humain et non humain, au continuum nature-technique, au politique, etc.

Mais parce que nous sommes dans une époque de transition, se dire écologiste aujourd’hui conduit à puiser dans des grilles d’analyse différentes et expérimenter de nouveaux agencements, de nouvelles configurations de sens qui empruntent, dans l’histoire récente ou passée, les valeurs dont nous avons besoin pour résister. Comme Olivier Abel, je pense que « nous devons changer de rêve ou retrouver en nous la bifurcation à partir de laquelle il a viré au cauchemar ». Et pour cela, inventer une politique de la Terre qui ne se limite pas à un « Green New Deal » planétaire. Nous redéployer, à l’extérieur et à l’intérieur de nos organisations, en croisant les perspectives plutôt que de les opposer.

Dominique Bourg : Selon moi, une société écologisée est nécessairement une société attentive aux communs qui sous-tendent l’habitabilité de la Terre (climat, biodiversité, qualité de l’eau, des sols, etc.). C’est encore une société au sein de laquelle la chose publique, et plus précisément le capital public, demeurent importants ; c’est le pendant du souci apporté aux communs.

Ainsi comprise, l’écologisation de la société recouvre des valeurs et des orientations qui étaient celles de la gauche traditionnelle, mais s’appuie aussi sur des valeurs antérieures comme le désir de justice ou la valorisation de la sobriété. Comment à partir de ce socle commun recréer des polarités nouvelles, une reconstruction de l’opposition gauche/droite ? Je laisse la question ouverte.

« S’associer à des forces dont l’écologie est superficielle n’a aucun intérêt »

Alain Coulombel, vous venez d’exprimer une certaine réserve par rapport au « Green New Deal ». Mediapart a raconté la bataille menée sur ce front par Alexandria Ocasio-Cortez aux États-Unis, et reçu Alain Grandjean qui en défend une version européenneQuelles limites trouvez-vous à cette initiative ? Dominique Bourg, qu’en pensez-vous de votre côté ?

Alain Coulombel : Je ne méconnais pas la nécessité d’engager des investissements importants dans les secteurs de l’énergie, du bâtiment, des transports ou de l’agriculture, si nous voulons répondre à l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Nous proposions d’ailleurs pour les élections européennes un plan d’investissement de 100 milliards d’euros et de sortir les investissements écologiques de la règle européenne limitant à 3 % l’endettement budgétaire des États membres.

Pour autant, une approche de type keynésienne de la politique économique ne saurait suffire, d’autant que nous défendons l’idée d’une société post-croissance, fondée sur la sobriété, la simplicité, la justice sociale. On peut tout à fait concevoir des investissements « verts » à l’intérieur d’un modèle qui continuerait à produire des inégalités, du burn out, des travailleurs pauvres et des précaires. Il faut aussi poser la question de la place du néo-management et de l’entreprise dans nos sociétés.

Dominique Bourg : Le contexte américain est très différent du contexte européen. Parler de décroissance dans ce pays est inimaginable. Il en va tout autrement en Europe. Il est très difficile de parler de modes de vie aux États-Unis, alors que l’idée que nous devrons changer nos modes de vie est largement admise, en tout cas sur le plan des idées, en Europe. Dès lors, l’approche nord-américaine de l’écologisation de la société a tendance à être quasi exclusivement technocratique.

Ce n’est pas aussi caricatural de ce côté-ci de l’Atlantique. Qu’il faille des investissements lourds ne pose pas de problème, mais on n’ignore pas non plus qu’il ne suffit pas d’aligner les milliards pour écologiser la société. C’est aussi une question de modes de vie, de valeur, de sensibilité à la nature et au vivant, même de spiritualités, et non exclusivement d’éoliennes. Et bien évidemment, c’est aussi une question de justice et d’écologie sociales.

Hors cas exceptionnels, l’écologie politique ne peut prétendre à gouverner qu’avec des alliés. Quels critères vous semblent les plus pertinents pour déterminer lesquels sont acceptables, étant entendu que la gauche classique a maintes fois fait la preuve de son ethos productiviste ? 

Dominique Bourg : Compte tenu de la différence entre l’écologie politique telle que je l’ai définie et les forces politiques qui continuent à adhérer à l’ancien référentiel, l’appoint de l’écologie politique minoritaire aux forces de gauche traditionnelles dominantes n’est d’aucune efficacité écologique. En revanche, une écologie politique forte, électoralement parlant, peut s’associer à des forces de gauche traditionnelles plus faibles, manifestant une sensibilité écologique.

Nous sommes, rappelons-le, dans une situation d’urgence écologique absolue. Dès lors, selon moi, s’associer à des forces dont l’écologie est toute superficielle n’a aucun intérêt. Écologiquement parlant, le bilan de la gauche plurielle ou de Hollande est quasi nul. Or, l’époque a changé. Le timing est désormais serré. Soit donc on s’associe pour avancer et afin que l’écologie soit aux commandes ; soit on se garde de perdre une crédibilité précieuse pour l’alternance suivante, en tablant d’ici-là sur la pression de la société civile.

Alain Coulombel : Nous sommes à un tournant dans l’histoire politique de notre pays. La division « droite/gauche », qui a longtemps structuré le débat politique en France, semble pour certains devenue obsolète. Je ne partage pas cette conviction, dans la mesure où l’imaginaire de gauche reste encore très actif pour une partie de la population. Par ailleurs, sous la pression de la situation, une partie de la gauche politique et sociale est en train de « s’écologiser ». Faudrait-il que nous le regrettions ? Et que nous poussions notre avantage électoral du moment jusqu’à ignorer ce mouvement de fond ?

Notre responsabilité est double : faire converger l’imaginaire écologiste et l’imaginaire de gauche, et proposer un avenir désirable à la génération climat qui demande des décisions politiques radicales face à l’urgence climatique et sociale. Ce chantier est immense. D’un côté, nous sommes confrontés à une situation planétaire catastrophique, qui réclame des décisions immédiates, s’attaquant aux causes logées dans un système économique prédateur. De l’autre côté, nous héritons d’un paysage politique fragmenté, divisé en multiples « chapelles » et en histoires politiques différentes.

EELV doit chercher à co-construire avec les forces politiques, syndicales citoyennes, qui se réclament d’une écologie de transformation, de l’autonomie et de l’émancipation, de la lutte pour les communs, du féminisme, de la justice sociale, du combat contre le réchauffement climatique.

« Il faut bâtir un rassemblement avec, plutôt qu’autour d’EELV »

Dans le cas français, justement, ne craignez-vous pas une forme d’hubris de la part d’EELV, même fédéré à d’autres partis écologistes plus modestes ? L’organisation a-t-elle les ressources, la base sociale nécessaire, pour prétendre reconfigurer le terrain politique à son profit ? 

Alain Coulombel : Il ne s’agit pas de reconfigurer l’espace politique autour ou au profit d’EELV. Celles et ceux qui pensent cela possible se trompent, comme à une certaine époque La France insoumise s’est égarée en pensant qu’elle allait pouvoir rassembler autour d’elle l’ensemble des forces de gauche. Nous devons éviter toute attitude hégémonique. Certes, les trois millions de personnes qui ont voté pour la liste conduite par EELV aux élections européennes attendent que nous portions, sans concession, un projet écologiste de transformation. Pour autant, nous ont-elles donné mandat d’ignorer l’existant ? Je ne le crois pas.

L’enjeu est plutôt de créer des passerelles, un espace commun, « archipélagique » diront certains, qui nous permette d’avancer vers une alternative aux deux forces dominantes du moment : l’extrême droite fascisante et les libéraux ou sociaux-libéraux qui, partout en Europe, continuent leur lent travail de sape et de décohésion sociale. À partir du diagnostic partagé que nous faisons – et il nous reste à cet égard à travailler ensemble sur les profondes mutations du capitalisme depuis la fin des Trente Glorieuses –, soyons capables de produire du commun autour de la matrice écologiste que nous défendons.

Dominique Bourg : Dans le champ politico-électoral, il semble pour l’heure impossible de constituer une majorité d’adhésion, mais seulement une majorité de repoussoir comme l’ont réussi Macron ou Hollande avant lui. Le Rassemblement national (RN) dispose de la base sociale la plus solide et la plus large, mais c’est aussi lui qui suscite dans le même temps le rejet le plus fort.

S’ils savent s’unir et fédérer autour d’eux et autour d’un programme d’écologie sociale, je ne vois pas pourquoi les membres d’EELV ne pourraient pas devenir le pivot d’une nouvelle majorité, même s’ils n’ont pas encore les cadres requis, ni la capacité programmatique. C’est l’enjeu des prochaines années, d’autant que la chronique des aléas climatiques et écologiques ne peut que s’intensifier. S’ils y parviennent, ils attireront à eux ceux qui, sans grande sensibilité écologique, rejettent le RN.

Alain Coulombel : Mon approche est un peu différente de celle de Dominique Bourg. Bien sûr qu’il nous faut chercher à fédérer toutes les forces disponibles autour d’un projet d’écologie sociale et populaire. Mais je ne suis pas convaincu que cela puisse se faire autour d’EELV comme pivot de la recomposition politique. Je serais plutôt enclin à penser qu’il faut bâtir avec EELV comme composante essentielle, mais pas autour. Cette nuance est importante si nous ne voulons pas donner le sentiment de camper dans une attitude hégémonique.

Dominique Bourg : Je n’ai aucune peine sur ce point à infléchir mon propos et à suivre Alain Coulombel.

À l’heure de l’effondrement annoncé, cela a-t-il encore un sens de s’investir dans le jeu des institutions politiques existantes ? L’urgence ne commande-t-elle pas de déplacer la priorité sur l’action extraparlementaire, la désobéissance civile, comme le suggère Corinne Morel-Darleux (ici chez nos confrères de Ballast,  en vidéo sur Mediapart) ?

Alain Coulombel : Je ne crois pas que l’on puisse aujourd’hui poser la question de l’action politique en clivant de cette manière. Bien sûr que l’urgence nous impose d’agir vite comme de transformer radicalement nos modes de production et de consommation. Bien sûr que tout va trop lentement et que les pouvoirs publics, les institutions internationales, les acteurs économiques ne sont pas à la hauteur de l’effondrement annoncé.

Ce qui d’ailleurs devrait nous interroger sur les raisons qui empêchent l’humanité de conduire sa mutation. Est-ce le poids des habitudes et des structures ? L’emprise du capitalisme et de ses différents dispositifs technico-économiques ? Ou pour reprendre les termes de Jean-Pierre Dupuy, le fait que « nous ne croyons pas ce que nous savons », comme si l’effondrement n’était pas crédible à nos yeux trop humains ?

À EELV nous avons une formule pour résumer notre conception de l’agir politique : « un pied dedans un pied dehors ». Elle souligne l’importance que nous accordons à la fois au rôle des institutions et à la nécessité d’être aux côtés des luttes de terrain, des associations qui se bagarrent contre tel ou tel projet insensé ou aujourd’hui des mouvements de désobéissance civile.

Dominique Bourg : Je crains qu’il y ait maldonne sur cette question de l’effondrement. Il est en cours. Le fait que les États ne s’occupent plus des populations en général, mais seulement des plus riches et du commerce international, en est une manifestation ; comme le fait que le populisme gagne du terrain quasiment partout. La dynamique d’effondrement va se poursuivre crescendo mais, comme du temps du dépérissement de l’Empire romain, sans que le politique ne disparaisse pour autant. Cette dynamique, espérons-le, finira par rendre possible une rupture politique qui à son tour favorisera la diffusion, le changement d’échelle, d’expériences pour l’heure marginales de modes de vie et de subsistance écologiquement légers.

Dresser ce constat, s’enquérir d’alternatives institutionnelles, n’implique nullement de se désintéresser de la désobéissance civile ou des initiatives extraparlementaires. Il faut au contraire faire feu de tout bois. Soutenir la désobéissance civile dans des sociétés où l’ordre légal soutient les investissements carbonés est un impératif moral. Il n’est pas moins important de soutenir les actions juridiques intentées en France et de par le monde contre l’incurie climatique des États. Dans son livre Terres de sang, l’historien Timothy Snyder estime que l’ordre juridique allemand a résisté suffisamment pour interdire aux nazis d’appliquer en Allemagne leur programme, contrairement à ce qu’ils ont pu faire sur les territoires dévastés à l’Est.

 

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Compromis ou radicalité,

le mouvement écolo cherche sa stratégie

27 juillet 2019 / Marie Astier et Gaspard d’Allens (Reporterre)

https://reporterre.net/Compromis-ou-radicalite-le-mouvement-ecolo-cherche-sa-strategie

Alors que l’écologie a été propulsée au cœur du paysage politique et médiatique cette année, et que les mouvements écologistes s’étoffent, des débats stratégiques se posent. Comment discuter avec le gouvernement ? Comment parler aux classes populaires ? Reporterre lance la discussion. Enquête.

Le ton a été donné fin août 2018, avec la démission surprise de Nicolas Hulot. Ont suivi les marches et les grèves pour le climat, l’Affaire du siècle, la montée en puissance des actions de désobéissance civile, les mobilisations sur les Zad, le bon score d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) à l’élection européenne. En un peu moins d’un an, le mouvement écologiste a grandement gagné en coffre. La révolte des Gilets jaunes est venue le bousculer du côté social, étoffant ses questionnements et son champ d’action. Dans le même temps, le gouvernement a répondu à coup de forces de l’ordre nombreuses et équipées d’armes mutilantes, de renvois devant la justice, et d’une loi dite « anticasseurs » sur les manifestations.

Dans ce paysage bouleversé, quelles stratégies le mouvement écologiste peut-il adopter ? Reporterre a décidé de prolonger un débat commencé ici et ailleurs : la solution à la crise écologique passe-t-elle forcément par les institutions ? Peut-on encore discuter avec le gouvernement quand il mutile des Gilets jaunes, tue dans les banlieues ou gaze les activistes du climat ? Doit-on, pour amener à la cause écologique toujours plus de monde, adapter le discours ? Comment l’écologie peut-elle parler aux classes populaires ?

Au cœur de ces débats, réside d’abord la question du rapport à l’État. La frange électorale du mouvement pousse à une écologie plus institutionnelle, avec une stratégie de conquête du pouvoir. Certaines associations d’envergure nationale se spécialisent aussi dans le plaidoyer et interpellent le gouvernement sur les dossiers environnementaux.

« On limite la catastrophe, explique Alma Dufour, des Amis de la Terre, on tente de se fixer des objectifs gagnables avec des demandes concrètes pour éviter que ça empire. » Le logiciel se veut ici « radicalo-pragmatique » : « On ne se détourne pas complètement du gouvernement. On continue d’échanger avec lui tout en maintenant la pression par d’autres moyens. Notre méthode est pragmatique, notre horizon, radical. »

Pour David Cormand, secrétaire national d’EELV, « cela n’a pas de sens de ne pas du tout parler à ceux qui sont aux manettes quand il y a une telle urgence climatique. Cela ne veut pas dire qu’on est dupe. Après, la difficulté, quand on a affaire à Macron, c’est qu’il est particulièrement habile pour donner l’illusion qu’il s’empare d’un sujet ». Tous constatent qu’« il n’y a pas de sursaut politique, aucune rupture, comme le dit Maxime Combes, porte-parole d’Attac. Le gouvernement aménage simplement l’existant. Les mesures qu’il prend auraient pu être utiles il y a trente ans mais aujourd’hui elles ne sont plus à la hauteur des enjeux ».

L’action du gouvernement déçoit mais nombreux sont ceux qui le considèrent comme incontournable. « Est-ce qu’on a trois ans à perdre en attendant un nouveau gouvernement, s’interroge le réalisateur et ex-directeur des Colibris Cyril Dion. Si vous regardez les gouvernements successifs, il y a toujours des éléments qui pourraient nous faire dire que ce sont des criminels. On parle à qui alors ? On les décapite, c’est cela, l’alternative ? Dans la démocratie délibérative, en France, si vous n’allez pas discuter avec les élus, il ne se passe rien. »

« Le gouvernement a tenté de nous récupérer »

L’historien Christophe Bonneuil, co-fondateur de la revue Terrestres et co-auteur de L’événement anthropocène , alerte néanmoins sur les risques de cette institutionnalisation. « Au fil de l’histoire, les dispositifs de pouvoir ont toujours coopté le discours environnemental. Ils l’ont domestiqué. » À quel moment sert-on alors de caution ? Le chercheur indépendant et collapsologue Pablo Servigne fait une distinction entre « la participation au débat politique, nécessaire » et le fait d’être valorisé par ce milieu. «  Nous devons refuser de parvenir, ne pas accepter les honneurs qui sont autant de pièges qu’on nous tend, n’être que des étrangers, de passage ».

Un chemin de crête se dessine. « Ne pas déserter complètement le champ institutionnel mais y avoir des pratiques subversives », pense Maxime Chédin, chercheur en philosophie de l’environnement. Il propose d’adresser au gouvernement des demandes « ingérables, par exemple demander une interdiction quasi totale du transport aérien, c’est une demande qui perturberait l’ordre actuel et obligerait à ouvrir un vaste débat que l’État n’a pas du tout envie d’engager ». Dans une lettre ouverte à Extinction Rebellion, John Jordan, un artiste habitant de la Zad de Notre-Dame-des-Landes, met en garde les nouveaux activistes qui se mobilisent pour le vivant. « Je sais ce que l’on ressent quand le système, réalisant que nos victoires sont une menace pour sa survie, se retourne contre nous. » La répression n’est pas seulement policière. « Souvent, elle se faufile par-derrière, dans une stratégie d’assimilation et d’incorporation qui transforme nos actions. »

Sandy, du mouvement Youth for Climate (jeunes pour le climat), a bien observé ces mécanismes. « À maintes reprises, le gouvernement a tenté de nous récupérer. Il voulait instrumentaliser notre fraîcheur. » Lors de la première manifestation des jeunes en faveur du climat, Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, et Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, ont défilé avec eux dans la rue. Ils les ont même invités à venir dans leurs ministères. « On a toujours refusé de les rencontrer, rappelle Sandy ; à quoi ça sert de discuter trente minutes avec des conseillers ministériels ? Tout a déjà été écrit et dit, les rapports, les études, les appels… Maintenant, il faut des actes et du courage. Notre discours doit se durcir. On a pris conscience que l’on n’avait pas que des alliés. »

Désigner des ennemis, voilà un autre point qui fait polémique. Si certains veulent renforcer l’antagonisme avec l’État ou avec les grandes entreprises, d’autres restent plus nuancés. « Évidemment, notre adversaire, c’est le système capitaliste financier, dit Cyril Dion. Mais nous en sommes tous partie prenante, drogués au consumérisme. On peut enlever Macron mais le libéralisme continuera, on peut supprimer deux entreprises mais cela ne changera pas le système. » Pour Maxime Chedin, au contraire, « il ne faut pas occulter le fait que les multinationales nous voient déjà comme des ennemis à neutraliser. Certains écolos pêchent par amnésie historique. On ne pourra pas réformer les élites au pouvoir. Je reproche à ce courant consensuel de désarmer l’écologie en la déconflictualisant. »

Articuler les modes d’action ?

Au gré des marches pour le climat et des mobilisations, ce désir de conflictualité croît dans la jeunesse, observe une membre de Radiaction, un groupe impliqué dans les actions de désobéissance Ende Gelände. « Les jeunes veulent désormais mettre leur corps en jeu, ne pas se cantonner à l’indignation mais agir, prendre part à l’action avec des résultats concrets, en matière d’occupation et de blocage. »

Au niveau national, une limite à cette conflictualité semble cependant posée. Les grandes organisations, Alternatiba, ANV-COP21, Greenpeace appellent avant tout à la désobéissance civile non violente. Extinction Rebellion en a fait aussi son crédo. Localement, dans les luttes de territoires, le rapport à la violence et à l’action directe, lui, est plus pragmatique. Alors que les travaux de la gare ont débuté au triangle de Gonesse, le porte-parole des opposants au projet EuropaCity, Bernard Loup, l’admet, « Moi, affronter les gendarmes, je ne sais pas faire, je n’en ai pas la force. Mais si des personnes arrivent avec d’autres modes d’action, on ne condamnera pas, on les soutiendra. » À Notre-Dame des-Landes et dans la lutte contre le projet d’aéroport « deux leçons peuvent aussi être tirées », analyse Nico, un habitant de la Zad, « il a d’abord été nécessaire d’assumer une stratégie de choc frontal et d’affrontement direct avec l’État. Les gens se sont opposés physiquement, dans l’illégalité, grâce à des barricades, des jets de projectiles, des sabotages, tout en gardant l’assise d’un mouvement populaire. Ensuite, nous avons refusé de nous laisser endormir par les processus démocratiques et le piège du “référendum” ».

 
Mardi 23 juillet, la jeune suédoise, en grève pour le climat, s’est adressée aux députés français. Greta Thunberg les a exhortés à « écouter les scientifiques ». Un peu plus tard dans l’après-midi, ces mêmes parlementaires ont voté en faveur de la ratification du traité de libre-échange avec le Canada, considéré par beaucoup comme climaticide.

Ces différentes pratiques — le dialogue et le choix de l’illégalisme — sont-elles articulables ? C’est ce que veut croire Maxime Combes : « La combinaison de ces modes d’action bâtit le rapport de force. Ce n’est pas en opposant des actions prétendument radicales ou non radicales que l’on avancera. Mais, en tissant des liens entre différentes personnes et pratiques ». « Les résistances, les utopies concrètes et les institutions se complètent », pense David Cormand, qui appelle de son côté à une sorte d’union sacrée : « Parfois, on est plus enclins à regarder la petite différence entre nous que de faire corps contre nos vrais adversaires. Alors qu’aujourd’hui, toute la galaxie écolo n’a jamais été aussi cohérente. »

Mais ceci est contesté. Pour Christophe Bonneuil, « le discours du consensus est faux ». Les logiques peuvent s’avérer antagonistes, en fonction du contexte. Si, à Notre-Dame-des-Landes, on a pu observer une vraie articulation entre différentes pratiques, pourtant très éloignées, cela ne se reproduit pas toujours. Par exemple, aller à l’Élysée en pleine révolte des Gilets jaunes peut être vu par certains comme une forme de trahison par rapport à la base du mouvement, qui refuse toute délégation et négociation avec le pouvoir. Maxime Chedin ajoute que « la politique sécuritaire mise en place par les gouvernements successifs fait qu’il y a une espèce de préalable avant d’aller discuter. Il est difficile de discuter s’il n’est plus possible d’aller en manif à cause de la répression ».

« Le changement radical de société, on ne pourra pas le faire si on n’a pas tout le monde »

Ces stratégies et attitudes différentes face au pouvoir ont tout de même réussi à instaurer cette dernière année — en partie — ce rapport de force tant recherché. « Plus aucun responsable politique ne peut s’épargner d’avoir un discours sur l’écologie », observe Jean-François Julliard, de Greenpeace. Un premier succès qui apporte, entre autres, l’espoir de voir enfin une grande partie de la société se rallier à la cause écologique. « La massification est cruciale, insiste Léa Vavasseur, d’Alternatiba. Le changement radical de société, on ne pourra pas le faire si on n’a pas tout le monde. »

Réunir des masses, certes, mais quelles masses ? « Ce n’est pas parce qu’on sera 500.000 personnes à marcher que cela va changer la politique gouvernementale. Ce qui peut faire bouger le gouvernement, c’est la grève générale », affirme l’ex-députée écologiste, sortie de la politique institutionnelle, Isabelle Attard. « La massification est une garantie contre la répression. Mais ce n’est pas suffisant d’être une masse, la question est de savoir comment on lui donne de la puissance », s’interroge de son côté Alma Dufour, des Amis de la Terre. « L’essentiel, ce ne sont pas les rassemblements où l’on se compte, mais où l’on fait des gestes forts », poursuit Nico, habitant de la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Il cite en exemple la manifestation d’octobre 2016 qui avait rassemblé 40.000 personnes venues planter leur bâton, affirmant par là symboliquement qu’elles viendraient défendre la Zad et qu’elles continuaient de s’opposer à l’aéroport. « Il y a d’autres indicateurs, ajoute Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France. Un élément clé est aussi le fait que ça dure. Cela fait un an que la mobilisation climat tient, sous une forme jamais vue en France. »

« Il n’y a pas d’interrogation plus profonde sur les inégalités qui structurent notre société »

Un autre enjeu est celui du profil des participants au mouvement climat. Des sociologues les ont étudiés. Les participants se sont révélés majoritairement jeunes, diplômés et issus des catégories socioéconomiques supérieures. Des catégories sociales, qui, ironie de l’histoire, sont certes plus sensibilisées aux questions écologiques que la moyenne, mais polluent aussi davantage (notamment à cause des voyages en avion), comme l’avait constaté une étude du Crédoc. Et si les stratégies mises en œuvre dépendaient aussi de l’origine sociale de ceux qui les choisissent ?

« Cette sociologie a des effets considérables, estime Maxime Chedin. Les participants au mouvement climat expriment surtout une angoisse existentielle sur l’avenir et la stabilité de leur mode de vie. Il n’y a pas d’interrogation plus profonde sur les inégalités qui structurent notre société. »

Par ailleurs, le fait que la crise écologique concerne toute la planète a tendance à faire oublier qu’elle ne touche pas tous ses habitants de façon égale. Il vaut sans doute mieux vivre la canicule dans une maison secondaire entourée d’arbres à la campagne que dans un HLM de banlieue. Nous sommes tous dans le même bateau, mais nous n’y sommes pas tous égaux, rappelle Christophe Bonneuil :« Le capitalisme est aujourd’hui un navire dans la tempête climatique et écologique. Mais il ressemble moins à l’arche de Noé (trop d’espèces sont déjà éteintes et on ne peut réduire l’humanité à un bon berger mâle) qu’à un navire négrier : il y a l’armateur et les investisseurs, ces 1 % les plus riches, le capitaine, en France, c’est le gouvernement et sa politique, qu’on a vu dans le passé dramatique du commerce négrier jeter des esclaves à la mer pour mieux passer une tempête, les marins (aujourd’hui, les classes moyennes mondiales), et les esclaves enchaînés dans les cales (aujourd’hui, les ouvrières chinoises, les paysans africains, ou les plus affectés par les catastrophes climatiques ou par la précarité énergétique et sociale). »

Le mouvement des Gilets jaunes a cependant ravivé chez les écolos la réflexion autour des questions de justice sociale et d’écologie. « Nous, écolos petits blancs plutôt favorisés, on s’est pris un bon coup de pied aux fesses », estime Cyril Dion. Alternatiba et ANV-COP21, ont, à plusieurs reprises, organisé avec eux des blocages communs. Gilets jaunes et verts ont été invités à défiler au slogan de « fin du monde, fin du mois, même combat » aux marches pour le climat. « Le mouvement écolo au sens large n’a pas encore suffisamment fait sa transition sociale, explique cependant Jean-François Julliard. Les Gilets jaunes et verts, pour moi, cela n’a pas réussi, les deux mouvements n’ont pas vraiment fonctionné ensemble. Nous devons davantage parler aux autres mouvements sociaux. »

Manifestation pour la justice et la vérité, samedi 20 juillet 2019, à Beaumont-sur-Oise, là où Adama Traoré a été tué par des gendarmes il y a trois ans.

« Il y a un vrai travail à faire pour qu’interviennent dans le champ politique des classes détournées de la politique, appuie David Cormand, d’EELV. L’écologie politique a une pensée descendante, alors que l’enjeu est de partir des préoccupations immédiates des gens. Il faut inverser la formule originelle : pensons local, puis agissons globalement. »

Le terrain, justement, c’est là que commencent à se nouer des liens, notamment sur la question des violences policières et de la répression des mouvements sociaux. Le Comité Adama, qui se bat pour obtenir justice depuis qu’Adama Traoré a été tué par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise il y a trois ans, a réuni le 20 juillet dernier militants des quartiers, Gilets jaunes et mouvements écologistes tels que ANV COP-21, Désobéissance écolo Paris, Deep Green Resistance, Extinction Rebellion ainsi que des personnes luttant contre le projet EuropaCity.

Les rendez-vous du mois d’août permettront sans doute de poursuivre les rapprochements et le débat, notamment au camp climat d’Alternatiba, au festival les Bure’lesques des opposants à la poubelle nucléaire, ou encore au contre-sommet du G7 fin août, à Biarritz. Ces quelques pistes de réflexion esquissées, chers amis écologistes, nous vous laissons à vos devoirs de vacances.

* * *

Vers la république autogérée sociale et écologique !

«Vous prétendez détenir le pouvoir politique. Régulièrement vous sollicitez même notre vote, notre blanc-seing, pour pouvoir continuer à occuper des postes dans lesquels vous êtes installé-e-s depuis des années. Mais que faites-vous et qu’avez-vous fait sérieusement pour résoudre la question écologique?» Voilà une simple question adressée par le mouvement sur le climat à la classe politique de ce pays. Innocente au premier abord. Dérangeante au deuxième. Dans son plein déploiement, elle est porteuse d’exigences radicales qui frappent au cœur les institutions de la représentation. Car qui veut y répondre avec un minimum de franchise est obligé d’admettre que la profondeur de la question écologique impose une rupture radicale que le pouvoir et la classe politique ne sont pas prêts à concéder et encore moins en mesure de réaliser. Alors, à quoi servez-vous si vous n’êtes même pas en mesure d’assurer les conditions mêmes de notre avenir?

Derrière le prétendu consensus qui entoure le mouvement de la grève du climat, la sympathie et la soi-disant bienveillance que lui portent les importants, les officiels et autres notables, se cache une réalité tout autre: toutes et tous savent que la profondeur de la crise politique que ce mouvement populaire est en mesure de créer n’en épargnera aucun-e. Les reines et rois sont nu-e-s face à la question écologique. Et pour se convaincre de l’état de tension dans lequel ils et elles se trouvent, il suffit de regarder les tentatives répétées pour comprimer et encadrer le mouvement: volonté dès le début de sanctionner les élèves faisant grève, répression policière et judiciaire contre les militant-e-s (voir encadré), ou encore interdiction pour la manifestation lausannoise du 24 mai 2019 de se rendre au Château, siège du gouvernement cantonal…

Un mouvement profond à la portée radicale

La Grève du climat et les groupes qui agissent sur ce terrain constituent mouvement social le plus important que connaît le Canton de Vaud depuis des décennies – à l’exception notable de la lutte des femmes et des mouvements de la fonction publique, par la taille des manifestations, la durée, l’insubordination implicite ou explicite et les radicalités qui le traversent et le porte. Nous devons en prendre la pleine mesure. Inventivité, exigence d’auto-organisation, dispositifs de lutte – grève, manifestation, action directe – comme terrain central pour faire changer les choses; tout cela nous interpelle et nous instruit.

Ce mouvement est traversé, naturellement, par de multiples contradictions et limites, qu’il faut résoudre pour avancer. Il est probablement arrivé à un moment-clef de son développement. Cette échéance va être tout à fait déterminante pour sa capacité à peser et imposer des victoires sur le terrain de l’émancipation écologique.

 

La lutte contre l’hégémonie de l’écologie dominante.

Le Conseil d’État a initié une série de consultations et va proposer un plan d’action climatique, probablement après le 14 juin. Cet élément est sans conteste une première victoire. Mais il va marquer, encore plus clairement, la reprise d’initiative politique par le pouvoir et ses représentant-e-s sur le sujet. Nous allons assister (et nous assistons déjà) à une pression extrêmement forte sur le mouvement pour prescrire l’agenda, le discours, la représentation, l’orientation et les revendications de l’écologie politique officielle portée par les Verts, mais également par les Verts libéraux. Les élections fédérales seront l’occasion attendue pour elles et eux d’imposer le terrain institutionnel comme centralité politique, l’étatisme comme seul lieu légitime et possible pour faire avancer les propositions écologiques.

La lutte pour l’hégémonie sera absolument déterminante. Il faut mener cette bataille. Car les conséquences d’un tel processus nous les connaissons. Si le mouvement accepte sa subalternéité, son caractère soumis à la politique institutionnelle et à la représentation, la possibilité d’une défaite en rase campagne nous guette. Avec son lot de démoralisation, de désaroi, de désespoir, de repli sur soi… Et la perte de sens pour une politique d’émancipation que tout cela entraine. Évidemment, le mouvement vit avec cette contradiction. Il énonce souvent la demande que «les politiques agissent». Mais cette inaction est la politique même des puissant-e-s sur la question écologique. Seule la pression populaire peut contraindre la puissance publique d’agir pour des avancées écologiques.

 

Rendre l’impossible, possible et désirable !

Abandonner notre pouvoir au système qui prétend s’occuper de tout à notre place, c’est lui donner le champ libre pour nous dicter le possible. Et le possible des puissant-e-s c’est toujours la même rengaine: la marge est négociable, mais le noyau dur, on n’y touche pas. Le mouvement doit rendre possible ce qui semble impossible ou inaccessible. Le pouvoir concède ce à quoi il est contraint. Cela n’est pas une simple formule. C’est le secret de la politique populaire. C’est d’autant plus essentiel et urgent sur la question écologique.
Lorsqu’elle est posée sérieusement, et c’est ce qui fait qu’elle est porteuse d’une grande radicalité, elle ne peut pas se contenter d’une réponse en demi-mesure, de compromis, de pirouettes, d’illusions d’optique. En un mot, de capitalisme vert. Le seul possible réaliste sur cette question est l’écologie d’émancipation. Elle implique la réorganisation complète de notre société. Elle habite le projet de la transformation sociale.

Il est donc central que le mouvement conserve son indépendance, son autonomie, sa capacité de pression et de proposition. La centralité de la lutte et de la construction du rapport de force depuis la base, par les mobilisations, les manifestations et les grèves doit être maintenue et amplifiée. Il s’agit bien de contraindre sans cesse le pouvoir étatique, de le plier au maximum, de lui imposer une politique d’intérêt général de l’humanité, donc de l’émancipation de toutes et tous, de libération de la nature de la pression impitoyable de la valorisation capitaliste. Nous refusons à l’étatique, en tous temps, d’être le représentant légitime de l’intérêt général. Le mouvement impose ses revendications par la lutte et par la culture. Ce n’est rien d’autre que de la démocratie plébéienne en acte, la tension vers l’expropriation du pouvoir de l’État et des capitalistes, et donc la constitution de notre propre puissance.

 

Les dangers de l’écologie autoritaire et antisociale

À nouveau, cela est particulièrement décisif s’agissant du problème écologique. Le risque étant, comme le dit bien Gorz, que «la prise en compte des contraintes écologiques se tradui[se] par une extension du pouvoir techno-bureaucratique: en érigeant l’État et les experts d’État en juges des contenus de l’intérêt général et des moyens d’y soumettre les individus». La prétendue complexité de l’urgence écologique, la dépendance aux recherches scientifiques pour nous informer des conséquences de la crise climatique que nous ne pouvons pas mesurer par nous-mêmes et qui nous paraissent lointaines, la supposée nécessité de l’autolimitation à imposer: tout cela ne doit pas servir de prétexte pour exproprier le mouvement de son pouvoir de faire.

Nous voyons poindre partout l’utilisation manipulée de la question écologique pour légitimer des réponses autoritaires et redoubler l’état de siège permanent contre les classes populaires. L’histoire des gilets jaunes n’est-elle pas partie d’une lutte contre une taxe supplémentaire frappant le revenu populaire sous prétexte d’urgence climatique? La crise écologique est aussi une opportunité, un outil puissant pour le système, afin de radicaliser les attaques qu’il mène sur le terrain social et démocratique.

 

Engranger des victoires décisives

Comment faire pour inverser la tendance? Ce qui semble clef en cette période, ce sont deux choses. Nous formulons dans la suite de ce texte une série de propositions à ce propos.

Premièrement, il faut mener une offensive contre-hégémonique sur le récit, la représentation et l’orientation dominants sur la question écologique. Deuxièmement, il faut élaborer une série de propositions revendicatives, d’objectifs stratégiques qui permette au mouvement d’avancer et d’engranger des victoires.

Ce dernier point est décisif. La lutte sur le plan d’action climatique du Conseil d’État vaudois doit être menée pour imposer quelques objectifs centraux qui seront autant de victoires, symboliquement et concrètement pour le mouvement. Il faut intégrer dans la lutte accumulée et ses exigences radicales des propositions concrètes, plus tactiques, plus rapidement accessibles, qui seront des points d’appui pour toutes et tous pour prolonger la lutte, sous toutes les formes qu’elle pourra prendre, et ce y compris après la période estivale.

Nous nous concentrerons ici sur un des aspects centraux de la question écologique: le réchauffement climatique. Bien sûr, il y a également l’effondrement de la biodiversité et les enjeux des pollutions diverses, que nous traiterons dans un prochain bulletin. Bien qu’il n’épuise pas la question, l’enjeu synthétisé dans l’augmentation de la température moyenne de la planète est bien le problème central. Et en cela la question énergétique est décisive.

 

Il y a des coupables: désignons-les !

La première bataille sur le récit écologique dominant porte certainement sur les processus de légitimation idéologique qui visent à naturaliser la prédation contre l’environnement en le présentant comme le fait de l’humanité entière, homogénéisée, nocive par essence et par conséquent responsable du réchauffement climatique. Cette thèse qui circule de plus en plus souvent sous l’étiquette de l’«anthropocène» est fausse et doit être combattue. Non seulement elle ne correspond pas à la réalité, mais elle vise à culpabiliser la population, à légitimer des solutions autoritaires seules à même d’imposer une orientation «rationnelle» contre une humanité «irrationnelle et dangereuse» et, surtout, à invisibiliser les véritables coupables du réchauffement climatique. C’est l’hypothèse détestable du despotisme éclairé.

Il faut contester cette notion abstraite d’une humanité unie dans la valorisation du capital, soumise à l’ordre du pouvoir séparé. Le productivisme et une prédation universelle qui seraient consubstantielle à l’être humain veut imposer cette signification centrale qu’il n’y aurait aucune distinction entre les groupes sociaux, masquant les inégalités de pouvoir, sociales et environnementales. Il y a une histoire de la prédation sur la planète, comme il y a une histoire de l’exploitation et de la domination. Il y a une histoire des transitions énergétiques et de la mise en place du modèle productif.

Il faut rendre visibles les relations conflictuelles entre les forces sociales car elles ont mené à la prééminence du modèle énergétique actuel, fondé sur les énergies fossiles et sur la marginalisation des énergies renouvelables. Le choix productif d’un capitalisme fondé sur les énergies fossiles est – et a été – sans cesse déterminé par le mouvement de captation et de prédation du Capital sur la force de travail.

 

Le modèle productif fondé sur les énergies fossiles pour les intérêts des capitalistes

Cela est vrai, comme le montre Andreas Malm, à la fois dans l’Angleterre victorienne où le choix porté sur le charbon plutôt que sur l’énergie hydraulique et a été essentiellement déterminé par le besoin des capitalistes d’avoir des travailleurs/euses concentrés aux mêmes endroits pour les mobiliser. En effet, l’énergie hydraulique n’était disponible que dans les campagnes, contrairement au charbon qui lui est mobile et peut être amené dans les centres urbains. Il n’y a donc pas une progression linéaire du développement des sociétés, déterminée par ladite nature humaine, pour justifier l’utilisation du charbon. L’énergie hydraulique était d’ailleurs beaucoup plus efficace et bon marché. Il s’agit bien d’un rapport social particulier, tributaires des rapports de classe, qui a transformé le charbon en ressource nécessaire pour le développement industriel fondé sur l’appropriation privée des moyens de production.

Cela est aussi vrai aujourd’hui pour ce qui constitue la principale cause du réchauffement climatique: le développement capitaliste industriel récent, avec notamment le circuit de production d’électricité par le charbon qui sert à alimenter les structures de productions dans les centres industriels asiatiques, par exemple chinois. C’est le modèle industriel mondialisé, qui est le principal responsable des émissions de gaz à effet de serre: le capital cherche à produire, au moindre coût de la force de travail, des marchandises et des services destinés à l’exportation, essentiellement vers les pays occidentaux. Avec tout ce que cela implique de nouvelles infrastructures, de combustibles fossiles pour le transport, de zones nouvelles subissant violentes prédations pour l’accaparement des ressources.

 

Il n’y a pas d’humanité coupable

Encore aujourd’hui, l’action conjointe des appareils étatiques et des centres du capital financier, continuent d’hyperdévelopper les infrastructures d’exploitation et de transformation de l’énergie fossile. Contrairement à ce qu’on nous annonçait au début du millénaire, ces ressources sont très loin d’être frappées par la pénurie. Tout ce tissu productif de l’énergie non renouvelable constitue à lui seul un secteur central de valorisation que les capitalistes défendront bec et ongles.

Il n’y a donc ni humanité coupable, ni «irrationalité» d’un bloc, où nous coexisterions avec les puissants, qui ne verrait pas la réalité en face. Il y a des intérêts bien compris d’une classe dirigeante et possédante d’un côté, et une organisation du modèle productif correspondant de l’autre. La première étant à l’évidence maintenue dans sa position de pouvoir et de privilèges par la seconde.

La Suisse est exemplaire à cet égard. Ce pays est la première puissance industrielle mondiale si l’on se réfère à son nombre d’habitants. Et, grâce à une politique fiscale avantageuse, c’est également le siège de très nombreuses multinationales qui sont au commandement d’un tissu productif hautement polluant et responsable du réchauffement climatique…

Il n’y a pas d’autres voies que l’affrontement avec le système

Qu’est-ce que tout cela nous dit? La question écologique est, fondamentalement, une question d’institution sociale et de pouvoir. Il ne s’agit pas de propagande, ou d’une illusion portée par notre désir ardant d’une transformation sociale radicale et d’une émancipation écologique. Les problèmes actuels sont bien intimement liés au modèle capitaliste et étatique. Donc à la propriété privée, à un mode de production basé sur l’exploitation du travail humain et de son corps inorganique qu’est la nature, au pouvoir séparé qui construit l’institution de la société.

Bien sûr, le capitalisme peut être «verdi» dans un nouveau cycle de valorisation. Avec un catalogue «technique» ce serait même tout à fait envisageable. Toutefois, les investissements nécessaires et la perte sèche d’infrastructures non recyclable représentent un coût que les capitalistes ne sont pas prêt-e-s à payer, dans l’actuel rapport de force. Par conséquent, de nouveaux éléments de traitement du réchauffement climatique ne sont envisageables qu’à partir de l’affrontement avec le système capitaliste tel qu’il s’est construit jusqu’ici. Même une mutation réformiste est inenvisageable sans une confrontation d’envergure.
A fortiori, l’imposition d’une transformation profonde du modèle productif peut et doit se faire par une socialisation du pouvoir et de la richesse. Donc par un déploiement de notre puissance.

 

Le consommateur occidental: coupable idéal autant qu’attendu

Le discours écologique porté par le bloc dominant, refuse de parler de la propriété privée ou du travail exploité qui sont les intouchables de l’écologie. Pourtant, ce sont bien les capitalistes en situation de propriétaires qui ont le pouvoir sur l’appareil productif. Redisons qu’il s’agit là de la cause centrale du réchauffement climatique. Le refus de cibler les véritables coupables permet de désigner la consommation individuelle comme le lieu problématique essentiel: les propriétaires des moyens de production restant neutres, passifs, épargnés (à l’abri) des regards et des luttes. Ainsi on blâme le consommateur, voire le/la travailleur/euse
occidental-e ordinaire porteur/euse de tous les maux…

Il est certes vrai qu’en tant qu’individus des pays dits riches, nos choix individuels peuvent avoir une certaine influence. Mais l’essentiel n’est pas là. Il faut casser la conception qui vise la consommation populaire comme responsable et qui vise à prendre des mesures antisociales comme les propositions de taxes sur les biens de consommation courante.

Pour le dire rapidement, il n’y pas de «responsabilité individuelle» déterminante liée à une consommation «libre» sur le marché, qui serait antiécologique. Il y a un problème social. Notre consommation est essentiellement déterminée. Prenons un exemple. On nous dit qu’il faudrait aller à vélo au travail ou du moins d’utiliser les transports publics. Déjà, il serait nécessaire que ces derniers soient efficients et couvrent les besoins. Mais, surtout, n’oublions pas que dans les pays de l’OCDE, le trajet moyen entre la maison et le travail est d’1 h 30 quotidienne. Les nouvelles métropoles, la périphérisation des classes populaires, la mobilité imposée à la force de travail, la durée du travail salarié: tout cela ne résulte pas d’un «choix individuel», mais d’une construction politique, sociale et spatiale déterminée.

Ce piège qui consiste à reporter sur la sphère individuelle la responsabilité du changement basée uniquement sur son comportement propre et relatif à son niveau de consommation, fait partie de ce même levier actionné par les classes dirigeantes au pouvoir pour détourner l’enjeu de la sphère collective, véritable force potentielle de changement.

Alors que nous affrontons tous les jours des attaques sur nos conditions de vie, nous refusons que la transition écologique soit inviqué pour nous asservir davantage. C’est la grande leçon des gilets jaunes. Et ce, y compris sous un prétexte formellement antiproductiviste: il y a de nombreux secteurs qui contribuent au bien commun dont le niveau de production devrait être augmenté.

 

Construire la république autogérée sociale et écologique

Un mouvement populaire qui porte les orientations stratégiques et les revendications de l’écologie sociale doit construire une politique et affirmer des intérêts qui répondent aussi aux aspirations sociales, démocratiques et populaires. Autant le pouvoir peut utiliser la question écologique comme arme contre nous, autant nous
devons rendre possible et désirable cette transition écologique nécessaire en imposant une transformation sociale et démocratique radicale.

Nous proposons de porter un projet de république autogérée sociale et écologique qui puisse faire converger les forces de transformation sociale et instituer un horizon et un imaginaire désirable. Nous ne détaillerons pas ici cette proposition en construction. Contentons-nous, d’en évoquer quelques orientations stratégiques liées à la question écologique.

Affronter la propriété privée prédatrice de la nature: socialiser la richesse et le pouvoir

La question démocratique radicale est centrale pour la transition écologique. Il n’y a pas d’imposition d’une transition énergétique sans l’expropriation et la socialisation des grandes infrastructures, des industries et du service public. La propriété collective publique démocratisée et à l’autre bout le renforcement du pouvoir du salariat est décisif pour orienter les processus productifs vers les besoins écologiques. Les décisions nécessaires ne seront pas prises par le privé et l’État avec leur orientation court-termiste sur les profits. Il s’agit de s’attaquer à la propriété privée et à son pouvoir.

La transition écologique nécessite une importante socialisation de la richesse produite pour financer le développement et la gratuité des services publics nécessaires comme les transports publics, ou un service public du logement et des espaces urbains collectivisés. Cette socialisation doit permettre, également, par le biais, par exemple de caisses populaires d’investissement écologique financées par la cotisation et gérées démocratiquement, d’investir massivement dans les nouvelles infrastructures et notamment dans les nouvelles formes d’énergie.

Aux besoins de transformation profonde des infrastructures énergétiques et du service public, il faut ajouter la centralité de la recherche dans le processus de transition écologique. Dans un canton où une des plus grandes écoles polytechniques au monde a son siège, il est décisif d’orienter la recherche scientifique et technologique vers l’utilité écologique, sociale et le bien commun. Pour cela il faut des investissements socialisés massifs et surtout combattre le modèle aujourd’hui des EPF qui oriente le travail scientifique uniquement vers la production de marchandises potentiellement vendables sur le marché et pour le transfert gratuit et massif de savoir et de technologie aux entreprises. Nous avons besoin d’un service public de la recherche et cela nécessite également une transformation radicale de l’école pour permettre à la majorité d’accéder aux plus hautes qualifications.

Pour résumer simplement. La transition écologique pose deux questions: qui paie? et qui décide? À cela nous proposons que le mouvement sur le climat réponde par la socialisation de la richesse et du pouvoir. Par la construction de la république autogérée sociale et écologique.

 

La municipalité de Lausanne et le Conseil d’État vaudois doivent cesser de jouer les tartuffes

Les opérations de répression par l’amende et les poursuites judiciaires contre les militant-e-s du climat doivent cesser. Les menaces également. Les sanctions qui risquent de frapper le mouvement se comptent en dizaines de milliers de francs pour des actions relativement symboliques: occupation d’un pont pendant une heure, occupation des locaux de Crédit suisse et des Retraites populaires… C’est inacceptable. Il s’agit là d’une lutte dans les luttes absolument décisives pour préserver la capacité d’action du mouvement!

 

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