GCO ou le couloir à camion

Sans surprise à Strasbourg

l’autoroute GCO est bien un couloir à camions

Fin 2021, les autorités ont ouvert le grand contournement ouest de Strasbourg. Aujourd’hui, dénonce l’auteur de cette tribune, elles continuent de vanter les mérites de cette autoroute, pourtant indéfendable. Voici le bilan.

Bruno Dalpra est militant écologiste, membre du collectif GCO non merci et adhérent de l’association Alsace Nature. Il est interviewé par Reporterre peu avant Ce 14 septembre.

Le contournement ouest de Strasbourg, dit COS ou GCO (grand contournement ouest), est une autoroute à péage de 24 kilomètres qui contourne Strasbourg par la périphérie. Sa construction a été concédée début 2016 à l’entreprise Vinci. D’une utilité fortement contestée par les associations de défense de l’environnement et sous le coup de sept avis défavorables d’organismes d’État, dont l’Autorité environnementale et le Conseil national de la protection de la nature, le projet a tout de même vu le jour fin 2021.

Mardi 30 août, lors d’une conférence de presse, la préfecture du Bas-Rhin, la filiale de Vinci autoroutes, Arcos, et l’Eurométropole de Strasbourg vantaient ses mérites après neuf mois de mise en service. Selon eux, le GCO aurait un bilan positif en matière de réduction du trafic des poids lourds et de fluidification de la circulation. Or, une confrontation des chiffres et une prise en compte du contexte épidémique montrent que ce bilan flatteur est plus que surfait.

Strasbourg étant un point important de l’axe européen Nord-Sud pour le transport de marchandises, la circulation des poids lourds y est intense et provoque une pollution de l’air malsaine. C’était une des ambitions officielles du GCO de la réduire en diminuant le passage des poids lourds dans l’agglomération. Selon la préfecture, la fréquentation de cette autoroute de contournement aurait fait baisser de 33 % leur nombre, soit environ entre 6 000 et 7 000 camions de moins par jour en semaine ouvrée.

Si l’on se fonde sur ces chiffres, on peut en déduire qu’entre 18 000 et 21 000 camions traversent chaque jour l’agglomération strasbourgeoise (GCO + M35 [la portion de l’A35 traversant Strasbourg]). Or, les autorités estimaient à environ 160 000 le nombre total de véhicules par jour, au point culminant de Cronenbourg, avant l’ouverture du GCO, dont, grosso modo, 10 % de poids lourds, soit 16 000 par jour. Il y a donc bien eu une augmentation du nombre de camions avec l’ouverture du contournement : plus de 4 500 sur la traversée de l’agglomération strasbourgeoise (GCO + M35), par jour en semaine ouvrée.

Embouteillage sur le GCO, début septembre 2022. – © GCO non merci

La pollution de l’air n’a pas diminué

La baisse de la pollution promise par les autorités n’a donc pu avoir lieu ; la pollution a simplement été un peu déplacée. La raison majeure en est qu’il reste toujours plus intéressant pour les poids lourds reliant le nord de l’Europe (Allemagne, Pays-Bas…) ou les pays de l’Est à la France et à l’Espagne d’emprunter le GCO que l’axe allemand A5, qui est payant (taxe LKW Maut).

C’est pourquoi, dans le souci de rééquilibrer la situation avec l’Allemagne, le comité GCO non merci avait proposé, dès 2016, une taxe poids lourds française. Aujourd’hui, l’Alsace paie malheureusement le prix de ce déséquilibre : elle devient un couloir à camions, avec une hausse moyenne du transit poids lourds de 2 000 camions par jour (chiffre établi en comparant les chiffres actuels de trafic et ceux donnés par le rapport du Conseil général de l’environnement et du développement en 2013).

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