Le zèle nucléaire de la justice

« Affaire de Bure » : dénonçons le scandale d’État et mettons fin aux contrôles judiciaires !

https://www.politis.fr/articles/2018/11/affaire-de-bure-denoncons-le-scandale-detat-et-mettons-fin-aux-controles-judiciaires-39657/

Jeudi 15 novembre l’ampleur monumentale de l’enquête pour « association de malfaiteurs » ouverte depuis juillet 2017 contre les opposants au projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure a été révélée (1).

Dénonçant l’enquête pour « association de malfaiteurs » à Bure comme un « scandale d’État », plus de cents personnalités appellent à mettre fin aux contrôles judiciaires qui ciblent les personnes mises en examen, à la veille d’une audience en Cour de cassation le 28 novembre.

Nous, signataires de cette tribune, considérons que derrière le masque d’une banale enquête pénale, une « affaire Bure » se profile. Les « techniques spéciales d’enquête » de la loi du 3 juin 2016 sur la « criminalité organisée et le terrorisme » servent en réalité à asphyxier la contestation du plus gros projet industriel français.

Une débauche de moyens est utilisée pour traquer les opposant.e.s : des milliers d’écoutes téléphoniques, balises GPS sous les voitures, géolocalisations, « valises espionnes », tentatives de pose de micro, analyses ADN, une vingtaine de perquisitions, saisie de centaines d’ordinateurs, téléphones et clés USB, dizaines de gardes à vue de 48 à 60 heures. 10 gendarmes travaillent quasiment à temps plein sur l’enquête au sein d’une « cellule Bure » spéciale. Le dossier d’enquête fait déjà plus de 10 000 pages, pour un coût de plusieurs centaines de milliers d’euros au moins, selon les opposant.e.s.

Sept personnes sont mises en examen et deux témoins assistés : deux administratrices du Réseau Sortir du nucléaire, un avocat, un maraîcher, et des personnes impliquées dans la Maison de Résistance et des associations locales. Depuis juin 2018, elles subissent des contrôles judiciaires scandaleux qui leur interdisent certaines portions du territoire national et les empêchent de rentrer en contact. C’est une atteinte aux libertés fondamentales et une manœuvre délétère pour broyer des vies et atomiser un mouvement.

Une telle surenchère de moyens pour nourrir un dossier qui semble vide sur les faits rappelle « l’affaire Tarnac ». Mais cette fois la cible n’est plus une hypothétique « cellule d’ultra-gauche » : c’est l’ensemble d’un mouvement de lutte et toute sa diversité d’acteurs, individus, collectifs et associations, qui se sont mobilisé.e.s au cours des dernières 25 années.

Nous dénonçons un scandale d’État. Cette « affaire Bure » constitue une nouvelle attaque sur les libertés publiques, une entrave à toute possibilité de contestation politique à l’aide des outils hérités de l’antiterrorisme, une menace de trop à l’encontre de fondements démocratiques.

C’est pourquoi nous, intellectuel.le.s, artistes, comédien.ne.s, élu.e.s, avocat.e.s, éditeurs.trices, cinéastes, humoristes, militant.e.s associatifs… :

• nous déclarons solidaires des « malfaiteur-e-s de Bure »

• appelons à stopper la criminalisation aberrante de cette lutte

• exigeons de mettre fin immédiatement aux contrôles judiciaires intolérables qui pèsent sur les personnes mises en examen.

Tout le monde est invité à signer massivement la pétition pour mettre fin aux contrôles judiciaires !

(1) Article de Libération du 15 novembre : « À Bure, le zèle nucléaire de la justice » / Article de Reporterre du 14 novembre : « À Bure, la justice sert à réprimer la lutte contre les déchets nucléaires » / Article de Mediapart « Bure : la Cour de cassation examine les entraves faites aux militants »

EN SAVOIR PLUS

Premiers signataires :

Sara Aguiton, sociologue – Paul Ariès, politologue – Didier Aubé, commission écologie de Solidaires – Céline Astrié, metteure en scène – Clémentine Autain, députée LFI – Geneviève Azam, économiste – Johan Badour, éditeur – Bernard Barré, dessinateur – Jérôme Baschet, historien – Julien Bayou, porte-parole d’EELV – Ludivine Bantigny, historienne – Ugo Bernacilis, député LFI – Judith Bernard, metteure en scène – Olivier Besancenot, membre du NPA – Éric Beynel, porte-parole de Solidaires – Françoise Bloch, socio-anthropologue – Christophe Bonneuil, historien – William Bourdon, avocat – Bruno Boussagol, metteur en scène – José Bové, député européen – Vincent Brengarth, avocat – Isabelle Cambourakis, éditrice – Marion Carrel, sociologue – Yves Citton, co-directeur de la revue Multitudes – Jean-Baptiste Comby, sociologue – Isabelle Cambourakis, éditrice – Grégoire Chamayou, historien – Yves Cochet, directeur de l’Institut Momentum – Maxime Combes, économiste – Éric Coquerel, député LFI – Alexis Corbière, député LFI – Philippe Corcuff, politologue – David Cormand, secrétaire national d’EELV – Marie Cuillerai, professeure des universités – Déborah Danowski, philosophe – Didier Debaise, philosophe – Thierry Drumm, philosophe – François-Xavier Drouet, cinéaste – Jules Falquet, sociologue – Caroline Fiat, députée LFI – Jacques Fradin, économiste – Isabelle Frémeaux, artiste et activiste – Jean-Baptiste Fressoz, historien – Denis Gheerbrant, cinéaste – Barbara Glowczewski, anthropologue – Cécile Gondard-Lalanne, porte-parole de Solidaires – Anahita Grisoni, sociologue – Émilie Hache, philosophe – Éric Hazan, éditeur – Nicolas Haeringer, chargé de campagne à 350.org – Benjamin Hennot, réalisateur – Cédric Herrou, militant associatif – Clotilde Hesme, comédienne – John Jordan, artiste et activiste – Bastian Lachaud, député LFI – Rose-Marie Lagrave, sociologue – Anthony Lapia, producteur – Michel Larive, député LFI – Sandra Laugier, philosophe – Stéphane Lavignotte, pasteur et militant – Annie Lèchenet, philosophe – Michèle Lecolle, linguiste – Perinne Ledan, conseillère communale en Belgique – Inès Léraud, documentariste et journaliste indépendante – Catherine Libert, cinéaste – Camille Lucotte, avocate – Michael Lowy, chercheur – Christian Jacquiau, économiste – David Jamar, sociologue – Xavier Mathieu, syndicaliste et comédien – Isabelle Masson-Loodts, réalisatrice – Jean-Luc Mélenchon, député LFI – Hélène Merlin-Kajman, professeure des universités – Guillaume Meurice, humoriste – Corinne Morel Darleux, chroniqueuse et conseillère régionale – Danièle Obono, députée LFI – Albert Ogien, sociologue – Younous Omarjee, député européen LFI – Arnaud des Paillières, cinéaste – Mathilde Panot, députée LFI – Sylvain Piron, historien – Laurent Pinatel, secrétaire national de la Confédération Paysanne – Geoffrey Pleyers, sociologue – Christine Poupin, porte-parole du NPA – Philippe Poutou, membre du NPA – Loïc Prud’homme, député LFI – Geneviève Pruvost, sociologue – Adrien Quatennens, député LFI – Josep Rafanell i Orra, psychologue et écrivain – Jean-Hugues Ratenon, député LFI – Manuel Rebuschi, enseignant-chercheur – Sandra Regol, secrétaire nationale adjointe d’EELV – Muriel Ressiguier, députée LFI – Juliette Rouchier, économiste – Sabine Rubin, députée LFI – François Ruffin, député LFI et journaliste – Marie-Monique Robin, journaliste et réalisatrice – Anne Sauvagnargues, professeur de philosophie – Yves Sintomer, professeur de science politique – Isabelle Stengers, philosophe – Bénédicte Taurine, députée LFI – Jean-Louis Tornatore, anthropologue – Dénètem Touam Bona, chercheur – Aurélie Trouvé, économiste – Jean-Baptiste Vidalou, auteur de « Être forêts » – Eduardo Viveiros de Castro, anthropologue

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